Je vous rejoins en partie mais je nuancerais. Pour résumer, on pourrait dire que l’exhaustivité a une vertu que la sélection affective n’a pas : elle vous oblige à comprendre une série dans son ensemble, ses variantes, ses erreurs d’impression, ses petites évolutions. Je m’explique : en philatélie, un collectionneur qui ne garde que les timbres qui lui plaisent visuellement passe à côté de l’histoire postale entière d’une période. La cote d’ailleurs reflète souvent cette rareté liée à la série complète, pas au coup de cœur isolé. Cela dit, je comprends que pour les figurines ou les disques, le plaisir immédiat compte davantage que la rigueur du classement.
Alors moi franchement je suis plutôt du côté de PochetteUsagee sur ce coup. Devinez quoi, en brocante tu ne choisis pas ce que tu trouves, donc viser l’exhaustivité d’une série c’est souvent se condamner à acheter des trucs surcotés juste pour cocher une case. Sérieux j’ai déjà vu des gens payer une fortune pour une pièce qui ne les faisait même pas rêver, juste pour compléter. Alors que franchement c’était une pépite quand je tombe sur un objet publicitaire tout seul, sans suite, sans série, et que je sais que je l’ai eu parce qu’il m’a parlé, pas parce qu’il manquait à une liste.
Pour les cartes postales je pencherais plutôt vers un entre-deux. On notera que l’intérêt d’une série régionale, par exemple toutes les vues d’une même ville à différentes époques, c’est justement de voir l’évolution d’un lieu. Mais je ne cherche jamais à tout avoir d’un éditeur ou d’une collection numérotée, je préfère suivre un fil géographique ou thématique qui me parle. GrandAlbumRouge a raison sur l’intérêt documentaire de la complétude, mais je trouve que l’obsession du lot entier fait parfois perdre de vue le plaisir de la pièce elle-même, son écriture, son cachet, son histoire propre.
Ce qui est amusant, c’est que pour les petits papiers comme les billets de loterie ou les tickets, la question de la série complète se pose rarement, tant peu de gens pensent à les garder au premier endroit. Du coup on se retrouve souvent avec des pièces isolées, et c’est justement ce qui en fait le charme, chaque billet raconte une soirée, un espoir déçu ou une fête précise. Peu de gens le savent mais certains tickets de spectacle d’époque n’existent qu’en exemplaire unique connu, donc la notion même de collection complète n’a pas de sens. À creuser d’ailleurs, cette idée que l’objet isolé porte parfois plus de mémoire qu’une série entière qu’on aurait traquée pièce par pièce.
Pour les jouets mécaniques je rejoins plutôt LucarnePapier sur l’entre-deux. Mécaniquement parlant, une série de trains à remontoir a un intérêt réel à être suivie dans ses variantes, les évolutions de mécanisme d’un modèle à l’autre racontent beaucoup sur la fabrication de l’époque. Mais je me méfie de la complétude à tout prix quand elle pousse à accepter des pièces manquantes mal signalées, juste pour cocher une case du coffret. Si on ouvre le boîtier d’un modèle vendu comme complet et qu’on découvre un ressort remplacé non mentionné, c’est bien plus frustrant qu’une belle pièce isolée mais honnête.